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SNAPSHOTHOUSE

SNAPSHOTHOUSE

Il y a des maisons. Dans les maisons, des gens vivent. Ils s’assoient dans le salon. Allument la télé. Se posent sur la cuvette des wc. Se couchent, se lèvent. Traînent leurs pantoufles sur le sol de l’appartement. Se lèvent, se couchent, ôtent et remettent leurs chaussures. Le matin, le soir. Ouvrent le frigo, le ferment. Sortent les assiettes. Les verres. Les couverts. Mettent la table. Mangent et débarassent. Parfois, font la vaisselle. Ou la font tourner, dans la machine. La cassent, occasionnellement. Exprès, ou par hasard. S’entourent d’objets plus ou moins utiles. Les déplacent, les utilisent, parfois oui, parfois non. Allument des ordinateurs, écrivent des bêtises. Les postent sur le Web. Appuyent sur des interrupteurs. Eteignent les lumières. Dans les maisons, des gens vivent. Il y a des maisons.

Le chignon de Patricia Douchka

C’est le moment de la pause à l’atelier de la rue du Midi.

Le modèle se couvre, je quitte ma chaise, le crayon est dans ma main.

Patricia parle à son voisin. Elle se tourne, discute, rit, relève la tête, l’incline. Elle regarde à gauche, à droite, son s’affaisse, puis se relève.

Son chignon de ballerine danse avec elle.

Le chignon de Patricia Douchka.

Danse! Danse! Danse!

Natacha Grimaud by Yang Wang

Natacha Grimaud by Yang Wang

Une journée de la danse. Une drôle d’idée sans  doute, aussi drôle que cette invention loufoque qu’est la journée de la femme. Et la journée de l’homme, c’est quand la journée de l’homme?

Une journée de la danse donc. Aujourd’hui. Aujourd’hui, dimanche 29 avril 2012. Aujourd’hui, à  presque 29 ans (pour ceux qui voudront m’offrir des fraises et du champagne, je suis née le 9 mai), j’apprends (mieux vaut tard que jamais) que la danse a sa fête, et que sa fête, c’est aujourd’hui.

Drôle d’idée, disais-je donc. Idée étrange. Pourquoi étrange, me direz-vous? Etrange, parce que, voyez-vous, je suis de plus en plus convaincue que la danse devrait faire partie de notre vie, de notre vie de tous les jours.

Pendant longtemps, trop longtemps, j’ai cessé de danser. Je peux pourtant m’estimer heureuse, d’avoir été inscrite dans un cours de classique, de ballet, d’avoir pu scander le rythme des notes du piano avec des jetés, des grands jetés, des pliés et des grands pliés, des ronds de jambes et des ports de bras.

Et pourtant, des années durant, j’ai cessé de danser.

Quelque chose de très triste et de très sombre. Comme un manque qu’on ne sait pas dire. Comme le souvenir d’une caresse qu’on aurait presque oubliée, ou l’empreinte d’une douceur si sensible et si fragile qu’on pourrait tout au plus, l’avoir rêvée.

Parfois, je retrouve ce chemin. Ce souvenir cuisant, cette plaie béante, est toujours présente. Elle s’ouvre, parfois.

Retrouver ces sensations, plonger dedans, m’y baigner nue… Une joie pleine de tristesse, une douceur vivace, sentir ce coeur nu, à vif.

Je ne crois pas m’être jamais sentie plus humaine qu’en dansant.

Vulnérable et puissante.

Humaine.

Danse! Danse! Danse!

Le message officiel pour la Journée de la Danse, par Alkis Raftis, Président du Conseil International de la Danse (UNESCO, Paris).

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Carnet de croquis #1

Un carnet, des modèles, des voyages… Des pages blanches, un crayon, une plume et un peu d’encre. Des chats, des mouettes, des êtres de passage, croisés sur une plage ou dans la rue, à la terrasse d’un café.

Voici mon premier carnet de croquis cuvée 2011. Je l’ai commencé vers le mois d’octobre, et je viens de noircir sa dernière page.

Etrange idée, peut-être, que celle de poster une sélection de ces dessins sur le Web. Il n’y a rien à dire, le plaisir du dessin est un plaisir solitaire. Griffoner sur le papier, les yeux caché derrière son carnet, pour y glisser des instants de vie saisis à la volée est un vrai délice.

Entre feuilleter un carnet et cliquer sur le bouton suivant, un peu de magie se perd. Mais tant pis, je me mouille. (à paraître car je ne suis pas parvenue à mettre ma galerie en ligne)

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Petit hommage au Tamaryokucha Yonkon du Comptoir Florian

Tamaryokucha en coquille d'oeufPar cette tiède journée d’avril (alors que je regrette déjà d’avoir rangé mes gros pulls et autres manteaux d’hiver au grenier), vous ne me tiendrez pas rigueur d’avancer d’une heure mon salvateur rituel du thé.

Au menu du jour, la douce volupté du Tamaryokucha, une variété de thé japonais d’une rare subtilité.

Affrétées des lointaines contrées nippones,  ses feuilles vertes et torsadées méritent toute ma patience et ma délicatesse… et je laisse l’eau bouillie refroidir avant des les infuser.

Après quatre gorgées de délice je décide de partager ce petit bonheur et de faire quelque publicité pour les parfums de sève et d’iode de cette variété d’exception.

Et partage au passage l’adresse de mes fournisseurs préférés (qui n’ont pour tout vous dire, rien demandé): la Maison du thé (Comptoir Florian). Un vrai coin de paradis pour les amateurs de ce breuvage, qui, ça vaut la peine de le dire, remporte le trophée de la boisson la plus bue dans le monde.

Sauvons l’Aca (recueil de réactions postées sur Facebook en février 2012 suite au rumeurs concernant le déménagement des cours du soir de l’Académie des Arts de la Ville de Bruxelles)

depuis toute petite, j’aime dessiner.

j’en ai pas fait mon métier, ni ma vie, c’est pas mon gagne-pain, j’ai même pas étudié l’histoire de l’art. mais j’adore ça. je cherche, je m’énerve, je trouve, je trouve pas, je griffone, j’écris, je farfouille, je me goure, je réessaye, j’aime profondément tenir un crayon, un fusain, une plume et tracer des lignes sur le papier. j’adore ça. il y a quatre ans, j’ai poussé la porte de l’aca, tout près de chez moi, enfin, tout près de l’école où j’ai fait mes études, où je travaille, d’ailleurs. et j’ai trouvé… une grande pièce blanche, remplie de chevalets. du papier, par rouleaux. des fusains, pour commencer. des gens, d’autres passionnés, pensionnés ou presque, chômeurs, travailleurs, étudiants, des gens qui comme moi aiment faire vibrer les corps et des visages sur leur feuille de papier nu, en tête à tête avec leur chevalet ou leur carnet de croquis, à cligner des yeux pour mieux voir les ombres sur les corps des modèles, à esquisser leurs courbes, à jouer avec les contrastes, les lignes, les espaces.

le soir, l’hiver, on traverse la ville déjà sombre pour s’y rendre, dans cette grande pièce inondée de lumière, cette grande pièce blanche aux plafonds si hauts, dans lesquels on doit se serrer pourtant pour avoir tous notre petit coin de modèle, cet angle précis qui durant quelques heures, deviendra l’univers tout entier, un coin de jambes, de seins, de ventre ou de cul, un dos, des genoux, ou même un pied, et peut-être une oreille, olala une oreille, quel délice c’est pour moi de dessiner une oreille, je frémis rien qu’à y penser.

c’est chouette on se dit bonjour, on se fait la bise, salut michel, salut moussem, bonsoir carine, hello john, coucou bruno, aldo, comment ça va, et puis marcel tape des mains, et tout s’arrête.

on pourrait entendre les mouches voler, mais marianne dock est là, elle parle tout haut, elle parle très fort, elle raconte des histoires sans queue ni tête, ça n’arrête pas, quel charabia. mais on s’en fout, plus rien n’existe d’autre que ce petit coin de paradis, cet espace sacré entre nous et le modèle, ce charabia de l’humain qu’on essaye de comprendre, de déchiffrer, de retranscrire peutêtre sur notre misérable bout de papier.

et puis clap clap clap, marcel en tapant dans ses mains arrête le temps et la vie reprend son cours, les modèles quittent leur pose majestueuse ou avachie, éteignent leurs petits chauffages électriques, enfilent leurs tuniques et leurs pantoufles et tournent dans l’atelier, retrouvant geste, mouvement, parole, s’enfilant dans des costumes de gens comme nous, de gens normaux, reprenant leurs manières d’humain comme si rien n’était… alors qu’il y a une minute à peine toute la classe, comme un seul corps pendu au leurs, dans un silence magnétique, toute la classe comme un seul corps retenait son souffle pour capter un millimètre de leur peau, fixer l’accroche de leurs cheveux sur leur crâne, signifier la délicatesse extrême avec laquelle leur clavicule s’enchâsse et presque danse avec la naissance de leur cou.

on boit un café, on rigole, paul fait le pitre, marie-lou refait le monde, je dors dans un coin de canapé. « ça va charlotte? » « je suis fatiguée… »

on se promène entre les chevalet, pour voir ce que les autres font, on critique, on se complimente, parfois on reste ébahi devant la grâce avec laquelle notre voisin a pu traduire l’expression du modèle, ça tient du miracle et pourtant il n’y a presque rien, deux coups de pinceau ou quelques taches d’ombres, le tour est joué, le modèle est là, il vit, il a ressuscité sur le chevalet du voisin, ses yeux rieurs s’esclaffent devant notre étonnement, ben oui, qu’est-ce que tu croyais?

clap clap clap la pause reprend, il ne faut pas le dire deux fois, on attendait tous cet instant magique clap clap clap le modèle reprend sa pose, ou sa pose le reprend tout d’un coup le silence entoure ses membres et c’est comme un enchantement, il est assis ou couché ou debout sur ses deux pieds, il ne bouge plus tout simplement. et nous… on dessine.

#bambilove (of course i’m a dog)

le truc c’est: quand on a pas envie, qu’est-ce qu’on fait?

bien sûr rien n’est simple

j’y pense et puis j’oublie.

dimanche 22 avril, année 2012

la twittosphère fait la pluie et le beau temps sur #radiolondres tandis que ma bambibroche chinée ce matin au jeu de balle  trône en paix sur la table.