Impasse temps: occupation collective d’un lieu avec l’atelier du mardi

Migration temporaire, itinéraire hétéroclite de la rue des Tanneurs à la rue de Flandres.

Impasse tempsÀ vélo, avec des bananes, apeurés par la fragilité des murs, enchantés par leur pudeur, en déplaçant des sacs de plâtre ou dans une perspective archéologique, avec entêtement ou en dilettante…

Le temps d’une semaine, ou d’une soirée, à trois, quatre, cinq, six, huit… ils ont pénétré ce petit rez-de-chaussée. Des briques, une vue plongeante à travers les poutres. Le regard qui se faufile du sol aux fragments de ciel et qui bute ou se repose sur des objets endormis.

Fauteuils de velours élimé. Plantes et racines s’agrippant aux parois de bocaux de verre opaques, planches et tiges de métal s’élançant en travers des voies parallèles.

Dans cette maison-squelette, sombre mais habitée de rayons de lumière, le crayon ou le pinceau à la main, retenir et graver des impressions fugaces ou des visions éphémères sur un bout de papier, de planche ou de bois.

Aude’s cookies (détails)

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C’était début décembre. Elle a apporté deux boîtes de biscuits aux pépites de chocolat. « Ils sont pas bons », elle a dit. Elle a dit « J’en achèterai plus. »

Mais elle les mangeait quand même pendant la pause. Quand la pose reprenait (après que Marcel eût tapé dans ses mains), elle les posait sur le tabouret à côté du matelas où elle posait. Sur « Le grand livre de la pêche », qu’elle avait chiné chez Pêle-Mêle.

Aude 1 – Noël 0.

Plus besoin de se casser la tête pour le cadeau de papa.

Sans s’opposer à ma position, elle s’était posée comment bon lui avait semblé. Ce jour-là, Aude avait gardé sa culotte, comme toutes les autres modèles d’ailleurs.

Une culotte zèbre.

Le chignon de Patricia Douchka

C’est le moment de la pause à l’atelier de la rue du Midi.

Le modèle se couvre, je quitte ma chaise, le crayon est dans ma main.

Patricia parle à son voisin. Elle se tourne, discute, rit, relève la tête, l’incline. Elle regarde à gauche, à droite, son s’affaisse, puis se relève.

Son chignon de ballerine danse avec elle.

Le chignon de Patricia Douchka.

Danse! Danse! Danse!

Natacha Grimaud by Yang Wang

Natacha Grimaud by Yang Wang

Une journée de la danse. Une drôle d’idée sans  doute, aussi drôle que cette invention loufoque qu’est la journée de la femme. Et la journée de l’homme, c’est quand la journée de l’homme?

Une journée de la danse donc. Aujourd’hui. Aujourd’hui, dimanche 29 avril 2012. Aujourd’hui, à  presque 29 ans (pour ceux qui voudront m’offrir des fraises et du champagne, je suis née le 9 mai), j’apprends (mieux vaut tard que jamais) que la danse a sa fête, et que sa fête, c’est aujourd’hui.

Drôle d’idée, disais-je donc. Idée étrange. Pourquoi étrange, me direz-vous? Etrange, parce que, voyez-vous, je suis de plus en plus convaincue que la danse devrait faire partie de notre vie, de notre vie de tous les jours.

Pendant longtemps, trop longtemps, j’ai cessé de danser. Je peux pourtant m’estimer heureuse, d’avoir été inscrite dans un cours de classique, de ballet, d’avoir pu scander le rythme des notes du piano avec des jetés, des grands jetés, des pliés et des grands pliés, des ronds de jambes et des ports de bras.

Et pourtant, des années durant, j’ai cessé de danser.

Quelque chose de très triste et de très sombre. Comme un manque qu’on ne sait pas dire. Comme le souvenir d’une caresse qu’on aurait presque oubliée, ou l’empreinte d’une douceur si sensible et si fragile qu’on pourrait tout au plus, l’avoir rêvée.

Parfois, je retrouve ce chemin. Ce souvenir cuisant, cette plaie béante, est toujours présente. Elle s’ouvre, parfois.

Retrouver ces sensations, plonger dedans, m’y baigner nue… Une joie pleine de tristesse, une douceur vivace, sentir ce coeur nu, à vif.

Je ne crois pas m’être jamais sentie plus humaine qu’en dansant.

Vulnérable et puissante.

Humaine.

Danse! Danse! Danse!

Le message officiel pour la Journée de la Danse, par Alkis Raftis, Président du Conseil International de la Danse (UNESCO, Paris).

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Carnet de croquis #1

Un carnet, des modèles, des voyages… Des pages blanches, un crayon, une plume et un peu d’encre. Des chats, des mouettes, des êtres de passage, croisés sur une plage ou dans la rue, à la terrasse d’un café.

Voici mon premier carnet de croquis cuvée 2011. Je l’ai commencé vers le mois d’octobre, et je viens de noircir sa dernière page.

Etrange idée, peut-être, que celle de poster une sélection de ces dessins sur le Web. Il n’y a rien à dire, le plaisir du dessin est un plaisir solitaire. Griffoner sur le papier, les yeux caché derrière son carnet, pour y glisser des instants de vie saisis à la volée est un vrai délice.

Entre feuilleter un carnet et cliquer sur le bouton suivant, un peu de magie se perd. Mais tant pis, je me mouille. (à paraître car je ne suis pas parvenue à mettre ma galerie en ligne)

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Alberto Giacometti sur le réalisme et la vision

On peut s’imaginer que le réalisme consiste à copier… un verre tel qu’il est sur la table.

En fait on ne copie jamais que la vision qu’il en reste à chaque instant, l’image qui devient consciente… Vous ne copiez jamais le verre tel qu’il est sur la table; vous copiez le résidu d’une vision.

(…)

Lorsque je regarde le verre, de sa couleur, de sa forme, de sa lumière, il me parvient à chaque regard qu’une toute petite chose très difficile à déterminer, qui peut se traduire par un tout petit trait, par une petite tache, à chaque fois que je regarde le verre, il a l’air de se refaire, c’est-à-dire que sa réalité devient doutesue, parce que sa projection dans mon cerveau est douteuse, ou partielle.

On le voit comme s’il  disparaissait…

resurgissait…

c’est-à-dire qu’il se trouve bel et bien toujours entre l’être et le non-être.

Et c’est cela qu’on veut copier….

Entretien avec André Parinaud, Ecrits, p.273-274